Guitare et vin, de la note au palais

Ce vendredi 30 octobre, la salle Paul Valéry s’est transformée le temps d’un concert en salon de dégustation, où les notes de guitare répondaient aux arômes des grands crus. Pour cette quatrième journée du 37ᵉ Festival International de Musique de Dinard, le guitariste Antoine Guerrero et le maître sommelier Christian Stévanin ont offert au public une délicieuse conversation entre musique et œnologie. Une traversée des sens, ponctuée d’une escale guadeloupéenne et d’un final aussi inattendu que réjouissant.

Face aux larges fenêtres du Palais des Arts et du Festival, ouvertes sur le panorama de la plage de l’Écluse, le festival a changé de décor pour sa quatrième journée. Répartis autour des tables et des mange-debout, les festivaliers, venus en nombre, s’apprêtaient à goûter une expérience musicale singulière.

À la baguette de cette dégustation, Christian Stévanin, figure bien connue du monde de la sommellerie et ancien professeur au lycée hôtelier Yvon Bourges de Dinard. Chez cet orateur à la verve intarissable, le vin est affaire de culture, de terroir, mais aussi de récit. À ses côtés, le guitariste Antoine Guerrero avait pour mission de prolonger les sensations gustatives par la seule éloquence de ses six cordes.

Après une ouverture consacrée à Schubert et à son Lob der Tränen, la dégustation a pris des accents italiens avec un Moscato d’Asti biologique du Piémont, associé à La Serenor de Vicente Asensio. Une première rencontre entre la délicatesse du vin et les couleurs méditerranéennes de la guitare.

Le voyage s’est ensuite poursuivi vers les coteaux de Savennières, avec le « Sable et Schistes » 2022 du vigneron Loïc Mahé, mis en regard du Tiento Antiguo de Joaquín Rodrigo. Puis cap sur le Médoc, où le Château de Côme 2019, cru bourgeois supérieur de Saint-Estèphe, trouvait son pendant musical dans deux mouvements de la Cavatina d’Alexandre Tansman, le Preludio et la Barcarole.

Au fil de cette géographie des saveurs, Christian Stévanin a déployé tout son art de la transmission. Anecdotes, éclairages œnologiques et traits d’esprit ont nourri la conversation, alors que la guitare d’Antoine Guerrero invitait à percevoir autrement les caractères de chaque vin.

Impossible, pour une édition placée sous le signe de « La Traversée », de ne pas franchir l’Atlantique ! En écho à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, dont les festivités animent l’autre rive de la Rance, la dernière dégustation mettait à l’honneur le rhum agricole ambré « Prélude » de la distillerie guadeloupéenne Longueteau. À cette escale caribéenne répondait l’Andante sostenuto de la deuxième sonate du compositeur argentin Carlos Guastavino. La gourmandise était également de la partie grâce à Vent de Vanille, partenaire du festival, qui avait imaginé pour l’occasion un crémeux au rhum.

Et puisque les plus beaux voyages réservent parfois des escales imprévues, la matinée s’est achevée par une surprise : le saxophoniste Luis Gonzalez Garrido a rejoint Antoine Guerrero pour un duo impromptu, prolongé entre les tables. Une conclusion à l’image de ce concert-dégustation : généreuse et spontanée.

La traversée se poursuit ce vendredi à 18 h au Balneum, où Antoine Guerrero et Luis Gonzalez Garrido se retrouveront pour le récital Au Bord de l’eau.

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Photos © Jean Enders