La Manche à cordes sensibles

Jeudi 29 octobre, le théâtre Debussy s’est enveloppé d’une atmosphère presque irréelle pour la troisième soirée du 37ᵉ Festival International de Musique de Dinard. À la lumière de 300 chandelles, la violiste Lucile Boulanger et le Consort des Lucioles ont convié le public à une traversée musicale d’une rare délicatesse, des salons du Grand Siècle français aux terres anglaises du XVIIᵉ siècle.

Sous les lumières des chandelles, le théâtre Debussy offrait à la musique ancienne des violes un écrin idéal, invitant à une écoute attentive, loin de l’agitation. Au cœur de cette soirée, Lucile Boulanger, figure majeure du renouveau de la viole de gambe. Sacrée « Soliste instrumentale de l’année » aux Victoires de la Musique Classique 2025, l’artiste incarne une génération d’interprètes qui, sans rien céder à l’exigence historique, redonne à la musique ancienne une saisissante modernité. Les festivaliers dinardais connaissent déjà son goût pour les rencontres audacieuses. En 2024, elle participait à Phénix, le ballet de Mourad Merzouki présenté sur cette même scène, où les sonorités baroques dialoguaient avec la danse contemporaine et les musiques électroniques.

Cette fois, c’est dans un registre plus intimiste qu’elle revenait à Dinard, entourée de Myriam Rignol et Manon Papasergio aux basses de viole, de Gabriel Rignol au luth et de Julien Wolfs à l’orgue. Ensemble, ils forment le Consort des Lucioles, récemment créé autour de la violiste.

De la France à l’Angleterre : un même souffle musical

La première partie du programme faisait revivre les raffinements de l’école française de viole, à travers deux suites réunissant notamment Dubuisson, Nicolas Hotman, Demachy et Marin Marais, du prélude à la sarabande, de la courante à la gigue.

Figure tutélaire de ce répertoire, Marin Marais occupait une place centrale, avec notamment une Courante et Sarabande à deux violes et un Caprice à trois violes. Autant de pages qui ont révélé la richesse expressive d’un instrument longtemps associé à l’intimité des salons et des chambres aristocratiques. Puis venait le passage de la Manche, véritable cœur de cette « Traversée » musicale. Avec Christopher Simpson et Tobias Hume, le programme abordait les grandes pages du consort anglais, cette tradition où plusieurs violes réunies déploient une écriture polyphonique d’une remarquable richesse.

Les pièces de Simpson, de July à December, dessinaient une évocation musicale du temps qui passe. La Summer Galliard et The Spirit of Gambo de Tobias Hume venaient enrichir cette exploration du répertoire. Au fil de ces œuvres, la viole de gambe révélait ainsi ses multiples visages : tour à tour chantante, méditative, dansante ou virtuose. Plus qu’une succession de pièces anciennes, ce programme proposait un véritable dialogue entre deux traditions musicales.

Cette troisième soirée donnait une résonance particulièrement poétique au thème de cette 37ᵉ édition, La Traversée, imaginé en écho à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, dont les festivités animent l’autre rive de la Rance. Après l’Espagne flamboyante de La Salida, et le concert jazz – classique Après la mer, le festival empruntait cette fois les chemins de la musique baroque.

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Photos © Jean Enders