Lucile Boulanger incarne l’un des oxymores les plus fascinants du monde musical d’aujourd’hui : être l’ambassadrice d’un des instruments les plus anciens de l’histoire de la musique, la viole de gambe, et en même temps incarner une modernité absolue dans sa démarche artistique. Le tout avec une grâce incroyable lors de chacune de ses apparitions sur scène ou de ses enregistrements, alliant rigueur stylistique et liberté expressive.
Lucile débute la viole de gambe avec Christine Plubeau à l’âge de cinq ans et poursuit ses études auprès d’Ariane Maurette, Jérôme Hantaï et enfin Christophe Coin au CNSMD de Paris. Elle est lauréate de plusieurs prix internationaux (concours Bach-Abel de Köthen, Musica Antiqua de Bruges, Società Umanitaria de Milan…).
Souvent sollicitée pour des récitals en solo, elle est aussi une chambriste recherchée et se produit avec Philippe Pierlot et le Ricercar Consort, François Lazarevitch, Pierre Gallon, Justin Taylor, et rejoint régulièrement de plus grandes formations comme l’Ensemble Pygmalion ou le Consort. Avec eux, elle aime explorer aussi bien dans le répertoire français du Grand Siècle que les musiques anglaises de la renaissance tardive ou encore le baroque germanique.
Elle vient de créer son propre Consort de violes, Les Lucioles, avec des partenaires violistes qu’elle affectionne et avec qui elle explore particulièrement l’art du Consort anglais, de John Dowland à Christopher Simpsons.
Entre le début du XVIe et la fin du XVIIe siècle, les « Fancies », c’est-à-dire les fantaisies pour ensembles de violes, sont l’une des gloires de la musique anglaise et se comptent par centaines : elles sont, avant l’avènement du quatuor à cordes classique, l’expression la plus haute de la musique de chambre instrumentale. À l’heure où le tout jeune Henry Purcell s’y attelle, cette forme appartient déjà à une ère révolue, et il entre beaucoup de mystère dans ces chants du cygne ; en voici l’intégrale et quelques autres fleurons.
Mais pour Lucile Boulanger, son instruments et son art sont plus que vivants, et au-delà de l’interprétation de la musique ancienne, elle aime aussi plonger sa viole de gambe au coeur des XXe et XXIe siècle : par des commandes à des compositrices et compositeurs vivants, de Philippe Hersant à Claire-Mélanie Sinnhuber. Elle n’hésite pas non plus à collaborer avec Benoit Menut et le synthétiseur modulaire d’Olivier Delinvigne. Elle a aussi participé à la création et aux représentations du ballet Phénix de la compagnie Käfig, collaborant avec le chorégraphe Mourad Merzouki et le compositeur electro Arandel, inscrivant sa viole de gambe, au centre d’une chorégraphie hip hop et contemporaine.
Lucile Boulanger enregistre régulièrement, en particulier avec le label Alpha Classics : après un album Bach-Abel confrontant des deux grands maîtres germaniques de la viole de gambe, son enregistrement La Messagère explore la musique française, depuis les compositeurs de musique ancienne, Marin Marais ou Monsieur de Sainte Colombe aux compositeurs d’aujourd’hui comme Gérard Pesson. Son nouvel opus, gravé avec son Consort des Lucioles sera consacrée aux Mois de l’Année et aux Saisons de Christopher Simpsons.
En 2025, à la cérémonie des Victoires de la Musique Classique, Lucile Boulanger a été consacrée «Soliste Instrumentale de l’année 2025 », un triomphe qui symbolise très bien cette fusion si personnelle et si émouvante de la tradition avec la modernité.